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L’indépendance des médecins, mythes ou réalités
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« L’Etat détruit l’hôpital public pour le vendre aux investisseurs »
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LE PARCOURS DE SOINS COORDONNES: Option et nécessité

Monsieur le Président de l'Ordre National des Médecins
Chères consœurs, chers confrères
Mesdames et messieurs,

Au nom du Syndicat National des Médecins du Secteur Libéral (SNMSL), je vous remercie pour votre invitation. C’est avec un grand plaisir que notre syndicat participe à cette journée de réflexion sur le parcours de soins coordonnés. Comme je l’ai déjà signalé dans une étude présentée lors du dernier congrès magrébin de la SMSM : que face au triomphalisme de la société de consommation et l’émergence du pouvoir de l’argent, l’enjeu de la réforme du système de santé surtout pour un pays comme le Maroc, réside dans la maîtrise des dépenses de soins de santé par le biais de l’optimisation des ressources humaines et financières. Mais ce résultat ne pourra être obtenu que par une réforme, qui peut rendre compatible l’inévitable progression des besoins et donc des dépenses de santé, avec les ressources disponibles et mobilisable, qui doit se faire dans le cadre d’un système d’assurance maladie solidaire, mais aussi économiquement performant et socialement équitable, et avec une meilleure gouvernance qui place chaque acteur en situation d'être au mieux de son efficience.

Il est aussi connu que les facteurs d'évolution des dépenses de santé sont multiples à noter le vieillissement de la population, la médicalisation de plus en plus des problèmes sociaux, les progrès technologiques, et l’émergence de pathologies nouvelles et donc coûteuses en recherche, en plus de l’abaissement du seuil d'acceptation de la douleur, etc.

Plusieurs études ont démontrées que les systèmes de santé basés sur des soins de santé primaire, fournissent des soins plus rentables et plus efficaces au niveau clinique. Et dans ce cadre je voudrais partager avec vous une étude faite aux Etats-Unis qui a démontré que la mortalité a diminué de 14,4 morts pour 100 000 habitants pendant une période 11 ans quand le nombre de généralistes a augmenté de un pour chaque 10 000 habitants (Social Science & Medicine 2005). Cette étude apporte aussi la preuve que les ressources en soins primaires sont liées à la santé de la population et peuvent aider à réduire les disparités socioéconomiques
Dans cette étude les auteurs ont utilisé des données statistiques sur 11 années et ils ont démontés que durant cette période toutes les causes de mortalité ont diminué. Parallèlement, le nombre de médecin généraliste a augmenté de façon durable de 5 à 6 pour 10 000 habitants.
Ces résultats sont importants car ils apportent une preuve plus solide de la relation entre le médecin généraliste et la diminution statistique de la mortalité

Les chercheurs affirment aussi qu’il y a une preuve que la qualité de soins primaires peut entraîner une meilleure efficacité des soins secondaires et tertiaires.
Nous retenons aussi de cette étude qu’une médecine générale caractérisée par des soins de santé de base centrés sur la personne dans sa globalité peut aussi servir à renverser les effets négatifs des inégalités sociales sur la santé, donc on peut déduire que la promotion de la médecine générale peut être une stratégie plus facile et moins onéreuse pour lutter contre la mortalité et pour réduire les disparités socio-économiques en matière de santé.

Une autre étude que nous avons menée avec un groupe de cardiologues de Casablanca montre que presque 35% des douleurs thoracique vue en consultation cardiologique ne sont pas d’origine cardiaque, donc un 1er passage chez le médecin généraliste pouvait conduire à une réduction de plus de 35% des dépenses

De même une étude européenne menée chez des médecins généralistes ayant des cabinets recevant 150 patients par semaine a démontré que le 1er passage chez le médecin généraliste a permis une réduction de la consommation des médicaments de presque 34%, et la réduction des dépenses des examens complémentaires de presque 21%

Par conséquent nous pensons que la meilleure optimisation des dépenses doit être recherchée dans tous les domaines, médecine ambulatoire, médecine hospitalière, mais aussi médecine de soins et de prévention, et il faut arrêter de ne parler de convention qu’en termes de maîtrise des dépenses sur des critères comptables, et nous devons mettre en route des expérimentations sur l’évaluation des pratiques et des techniques.

Il faut aussi rappeler que les patients sont attachés au libre choix et au libre accès à leur médecin traitant et c'est une bonne chose, et que le médecin doit rester libre d’adhérer ou non à une convention nationale, mais cela n'interdit pas, néanmoins, d'introduire des mécanismes de régulation, et c’est dans ce cadre que nous proposons en particulier :

1) La création d'une seule caisse nationale d'assurance maladie regroupant tous les régimes, ce qui permettrait de réduire les frais de fonctionnement et la dispersion des prises de décision.

2) La consultation de première intention : En effet, on peut se demander pourquoi les patients, pourraient-ils continuer d'engendrer une dépense d'honoraires supérieure pour l'assurance maladie lorsqu'ils choisissent « sans aucun motif médical » de consulter un spécialiste plutôt qu'un généraliste en première intention ? Pour cela nous proposons que la consultation de première intention soit en honoraires libres pour le médecin généraliste et spécialiste, mais que les Caisses d'assurance maladie la remboursent d'un montant uniforme. C'est-à-dire lorsqu'un patient consulte :
- un médecin généraliste, le remboursement par l'assurance maladie doit se faire sur la base du C, qu’il faut absolument revaloriser.
- un spécialiste à la demande d'un médecin généraliste, le remboursement doit se faire à hauteur de Cs
- un spécialiste en accès direct, le patient est alors remboursé sur la base du C

Ce ci peut entrainer une meilleure prise en charge des actes des spécialistes dans leur rôle de consultants avec un meilleur positionnement des médecins spécialistes, en les amenant à réduire leur volume d'actes tout en maintenant leurs revenus, et de l’autre coté, le médecins généraliste peut retrouver sa vocation de médecin traitant, qui assure le suivi des patients et sollicite l'avis des spécialistes dès lors qu'un problème est hors du champ de sa compétence.

3) Les recommandations médicales : Nous sommes favorables à l’élaboration de recommandations médicales, et nous proposons de cibler les références médicales qui seraient les plus productives en termes médicaux et financiers. L’introduction de nouvelles références médicales doit se faire par les sociétés savantes, et de façon progressive afin d’en permettre l’intégration par les professionnels de santé.

4) Médicaments génériques : Nous ne sommes pas opposés au développement des médicaments génériques qui doivent présenter les garanties pharmacodynamiques nécessaires.
Les médecins craignent que la multiplicité des noms commerciaux des molécules ne vienne compliquer la prescription et la délivrance de ces médicaments.
Il nous semble qu’il serait peut être plus simple qu’à la fin de la durée des brevets le prix des médicaments soit revu et standardisé.

Dr. NACIRI BENNANI Mohamed
Rabat le 24 juillet 2007