ewaa
Admin
L’indépendance des médecins, mythes ou réalités
  >>suite
3la
ÇáÞØÇÚ ÇáÕÍí Ýí ÇáãÛÑÈ íæÇÌå ãÎÇØÑ ÇÚÊãÇÏ ÇáÎíÇÑÇÊ ÇáÊí ÝÔáÊ Ýí ÃæÑÈÇ
« L’Etat détruit l’hôpital public pour le vendre aux investisseurs »
  >>suite
 
 
Médecine Générale : Enjeux et Perspectives.

Monsieur le Président
Chers maitres,
Chères consœurs, chers confrères,

Au nom du Syndicat National des Médecins du Secteur Libéral (SNMSL), je remercie la Société Marocaine des Sciences Médicale (SMSM), et son Président mon ami le Pr. MOTAOUAKIL pour cette invitation.

C’est un honneur pour moi de participer avec vous à ce congrès et de partager avec vous une réflexion faite par notre syndicat sur la Médecine Générale, ses enjeux et ses perspectives.

Il est connu que les facteurs d'évolution des dépenses de santé sont multiples : vieillissement de la population, médicalisation des problèmes sociaux, progrès technologiques, émergence de pathologies nouvelles et donc coûteuses en recherche, abaissement du seuil d'acceptation de la douleur, etc.…

Face à ces tendances incontournables, et devant le triomphalisme de la société de consommation et l’émergence du pouvoir de l’argent qui permet certes le financement de la recherche, mais qui est aussi synonyme d’une discrimination selon la solvabilité des populations, l'enjeu de la réforme réside dans la maîtrise des dépenses par le biais de l'optimisation des ressources humaines et financières. Mais ce résultat ne pourra être obtenu que par une réforme, qui peut rendre compatible l’inévitable progression des besoins et donc des dépenses de santé, avec les ressources disponibles et mobilisable, qui doit se faire dans le cadre d’un système d’assurance maladie solidaire, mais aussi économiquement performant et socialement équitable, et avec une meilleure gouvernance qui place chaque acteur en situation d'être au mieux de son efficience.

L’expérience internationale démontre que les systèmes de santé basés sur des soins de santé primaire avec des médecins généralistes, fournissent des soins plus rentables et plus efficaces au niveau clinique.

Pour que notre système de santé puisse atteindre son potentiel en faveur des patients, il est nécessaire d’accroitre l’investissement en médecine générale, non seulement pour les ressources humaines et les infrastructures, mais aussi pour la formation, la recherche et la qualité de prise en charge des dépenses de soins de santé de base.


Il est évident que ceci nécessite une compréhension du rôle du médecin généraliste au sein du système de santé non seulement par le corps médical, mais aussi par les professionnels associés à la médecine, les responsables de la santé, les économistes, les politiciens et le public.

Afin d’approfondir la réflexion sur les mesures indispensables qui peuvent offrir aux médecins généralistes des conditions d’exercice mieux adaptées à notre société actuelle, et pour leur ouvrir des possibilités de promotion professionnelle et sociale qui leur font actuellement défaut, le SNMSL a crée un groupe de travail qui a associé des médecins généralistes et spécialistes des différentes régions du Maroc, pour préparer une réflexion sur la réforme de notre système de santé de sorte que le médecin puisse y prendre place sous l’angle de l’efficience et de l’efficacité.

Je me permets donc, de vous exposer les grandes lignes de notre réflexion sur le sujet en attendant notre prochain congrès national qui reprendra la thématique dans sa globalité et ses connexions.

Notre première observation c’est que l’importance du rôle médical du médecin généraliste est souvent méconnue des autorités sanitaires, des confrères et des malades eux-mêmes, souvent mal informés par les médias qui privilégient les avancées techniques prestigieuses.

Plus méconnue encore est l’activité, pourtant essentielle, de prévention, de conseil, et d’aide sociale. Le généraliste libéral lui consacre beaucoup de temps et souhaiterait qu’elle soit reconnue et honorée à sa juste valeur. Cette méconnaissance crée un malaise chez le médecin généraliste qui a le sentiment d’être mésestimé.

Il est vrai que savoir comment exercer la médecine est aussi important que connaître la médecine. Or notre enseignement est trop souvent un enseignement de spécialités juxtaposées, et non pas de médecine générale. De même, les Facultés ne dispensent aucune formation à la communication, et plus généralement aux diverses activités médico-sociale des médecins généralistes.

Les médecins généralistes se trouvent de plus en plus écartelés entre des spécialités de plus en plus nombreuses, et les contraintes d’une médecine de proximité dont les relations avec les centres hospitaliers et avec les organismes de prise en charge sont souvent difficiles.

L’une des plaintes qui revient le plus souvent des médecins généralistes privés est l’absence de relations avec l’hôpital, et même les relations avec les cliniques privées ne sont pas meilleures. Ceci est particulièrement grave pour ce qui concerne les informations concernant le malade. Une lettre de sortie ne parvient presque jamais au médecin traitant, ce qui peut, notamment, conduire à répéter inutilement des examens très couteux.

Cette situation est ressentie par les médecins généralistes comme une marque d’indifférence et contribue à distendre les relations entre médecine hospitalière et médecine générale libérale.


Les rapports avec les caisses d’assurance maladie sont compliqués du fait que toutes ces caisses ne donnent aucune importance à la médecine préventive et la médecine ambulatoire, et du fait que les médecins conseils sont beaucoup plus soucieux du « contrôle » des médecins que de l’intérêt des malades.

La médecine change parce que la science progresse, mais aussi parce que la société évolue. Or les médecins généralistes voient mal quelles perspectives d’évolution professionnelle leur sont offertes.

Le statut actuel des médecins est certes libéral juridiquement mais il ne l’est pas économiquement, puisque les honoraires médicaux font de plus en plus l’objet d’une relation conventionnelle avec les organismes de l’assurance maladie qui n’ont de souci que l’équilibre financier de leurs caisses. En outre, toutes les conventions ne tiennent pas compte de certaines tâches, dont l’importance ne cesse pourtant de croître, et que l’actuel système de rémunération ne permet pas d’honorer.

Pour conclure je me permets donc de relater brièvement les principales recommandations du groupe de travail du SNMSL engagé dans cette réflexion :

1) Reconnaître la mission du Médecin Généraliste qui assure :
➣ Une médecine de premier recours qui apporte une solution à plus de 80% des motifs de consultations ;
➣ Une médecine globale, autant médicale que psychologique et sociale, qui est d’importance croissante ;
➣ Une médecine d’orientation vers les spécialistes concernés pour les pathologies difficiles ;
➣ Enfin, une médecine de dépistage et d’éducation pour la santé.

2) Mettre des programmes d’information destiné au public sur :
➣ L’importance du rôle du médecin généraliste, la nature de sa mission dans le système de santé, ainsi que les contraintes de son exercice professionnel ;
➣ Ses devoirs et ses responsabilités en matière de santé publique et de dépenses de soins ;
➣ Les effets négatifs de l’automédication sur la santé des citoyens et l’économie nationale.

3) Associer le médecin généraliste privé aux campagnes nationales de dépistage et de prévention, aux enquêtes épidémiologiques locales, régionales et nationales.

4) Valoriser les activités médicales de conseil, d’aide psychologique, sociale, et de prévention.

5) Créer un système de permanence de soins en relation avec les structures hospitalières privées et publiques et développer l’hospitalisation à domicile en partenariat avec les médecins généralistes privés.

6) Adapter les programmes d’enseignement universitaire à la pratique médicale en instaurant une filière spécifique pour la médecine générale.

7) Adopter un système de formation médicale continue adaptée et mettre les moyens nécessaires pour en assurer le caractère obligatoire, et garantir son indépendance tout particulièrement par rapport à l’industrie pharmaceutique. Elle doit être adaptée à la pratique médicale et organisée par la profession. Son évaluation doit être conçue dans une optique d’amélioration de la pratique médicale.

8) Etablir des relations de confiance entre le médecin généraliste et l’assurance maladie, et en particulier avec les médecins conseil.

9) Etablir des échanges réciproques d’informations entre les médecins généralistes, et les centres hospitaliers privés et publiques, en profitant, notamment, des nouvelles possibilités offertes par l’informatique.

Dr. NACIRI BENNANI Mohamed
Skhirat le 29 Juin 2007